Les dernieres années du Caravage
National Gallery
23 Fevrier - 22 Mai 2005
Si les voyages ne vous font pas peur, allez à Londres à la National Gallery voir l’exposition consacrée à Michelangelo Merisi, dit le Caravage (1570-1610).
Cette exposition qui compte 16 tableaux, est basée sur la vie mouvementée du Caravage, indissociable de son oeuvre, vie d’aventures, de bagarres.
Sa vie et sa peinture peuvent être divisées en deux parties, la première heureuse, avec des natures mortes et la deuxième sombre et semée d’embûches, avec des toiles dominées par un fond de plus en plus sombre.
Ces deux parties s’expliqueraient, d’après les organisateurs de l’exposition, par un meutre qu’il a commis au cours d’une altercation, à Rome en 1606. A partir de là, sa vie bascule, jusqu’à sa mort, sa vie artistique aussi bien que sa vie tout court.
Deux versions du « Souper à Emmaüs » sont présentées, l’une réalisée avantl’évènement et l’autre après ce qui permet de se rendre compte des changements intervenus dans sa peinture.
Il peint ensuite, à Naples où il s’est réfugié (il est condamné à mort à Rome), des tableaux représentant des scènes bibliques, prenant comme modèles des gens simples, pauvres, des pêcheurs, des gens rencontrés dans la rue.
Il part à Malte, puis en Sicile et ses tableaux deviennent de plus en plus sombres, la lumière qui dessine les corps semblant surgie de la toile elle-même.
Caravage est l’un des précusseurs du clair-obscur.
Sur les 16 tableaux présentés ici, il y a le célèbre "David et Goliath" dans lequel David tient par les cheveux la tête décapitée de Goliath. Le Caravage s’est pris comme modèle pour faire la tête...
La plupart des oeuvres présentées viennent d’Italie, mais également des Etats-Unis et d’Espagne.
Le Caravage - Peintre italien (1571-1610), initiateur du clair-obscur, il donna son nom à un mouvement, le caravagisme, qui s'étendit à l'ensemble de l'Europe, particulièrement en Espagne et dans les Pays-Bas.
Longtemps connu comme le peintre qui avait entraîné l'art aux «confins de la laideur», en faisant place dans ses tableaux religieux à des personnages choisis dans la rue, hommes de peine, prostituées, fatigués et déchus, il a fallu attendre les travaux de Roberto Longhi à la fin du XIXe pour redécouvrir en lui un des grands réformateurs de la peinture en Europe, égarée à la fin du XVIe dans le maniérisme de la Haute Renaissance ou dans les excès baroques de la Contre-réforme. Mais l'Europe du temps du Caravage n'était pas prête à contempler la vérité brute, toute ordinaire et banale à laquelle il voulait faire place dans la peinture.
Son traitement original des grands sujets religieux repose sur une maîtrise exceptionnelle du réalisme, la représentation de personnages dotés d'une puissante corporéalité, souvent chargée d'un érotisme ambigü. L'atelier de l'artiste devient un antre obscur où ne percent que des rayons crus de lumière; le noir envahit la surface du tableau, du dialogue dramatique entre ombre et lumière monte surgit une théâtralité nouvelle dont s'inspirera notamment Le Poussin et à sa suite les peintres classicistes. De la Tour, Ter Bruggen, Vélasquez, Rubens, Rembrandt, voici autant de peintres qui doivent à la rencontre du caravagisme une part de leur grandeur.
«Il est difficile de regarder la peinture de Caravage en faisant abstraction des aspects rocambolesques de la vie, difficile de ne pas chercher dans sa peinture confirmation de tout ce que les biographes, sitôt après sa mort mystérieuse, ont écrit et sous-entendu: un peintre mauvais garçon, mauvais coucheur, assassin, brutal, mal embouché, trouvant son inspiration dans les rues sombres, sans doute homosexuel.»
Le Caravage est le «mauvais sujet» de l'histoire de la peinture. Sa fin tragique, ses démêlés constants avec la justice, l'érotisme de ses tableaux de jeunesse, le ton provocateur de ses oeuvres religieuses ont alimenté la curiosité et les spéculations des historiens depuis sa mort.